Bruit Aerien vs Bruit d’Impact : Mesure Acoustique Batiment et Comparatif Expert
La distinction entre bruit aerien et bruit d’impact est fondamentale en acoustique du batiment. Ces deux typologies necessitent des methodes de mesure, des indicateurs et des solutions techniques radicalement differents. Ce comparatif expert B2B detaille les protocoles de mesure normalises, les indices reglementaires et les solutions de traitement pour chaque type de nuisance acoustique, avec references aux normes AFNOR NF EN ISO 140 et 717.
Definitions fondamentales
Bruit aerien
Un bruit aerien est un son qui se propage par vibration de l’air avant de mettre en vibration une paroi du batiment. Sources typiques : conversations, telephones, ventilation/climatisation, trafic routier sur facade, equipements industriels a distance. Les bruits aeriens ont un spectre large bande (125 Hz a 4000 Hz) et s’attenuent par l’ajout de masse et de decouplage dans les parois (loi de masse, loi du double paroi).
Bruit d’impact
Un bruit d’impact (bruit solidien) nait d’un choc mecanique direct sur la structure du batiment. Sources typiques : pas sur un plancher, deplacement de meubles, chutes d’objets, travaux electroportatifs, vibrations de machines fixes (pompes, compresseurs ancres en dalle). Contrairement aux bruits aeriens, les bruits d’impact contournent facilement les parois legeres par conduction solidienne dans la structure.
Indicateurs de mesure reglementaires selon NF EN ISO 717
| Type | Indicateur labo | Indicateur in situ | Norme mesure | Sens |
|---|---|---|---|---|
| Bruit aerien – paroi | Rw (+C ; +Ctr) | DnT,A | NF EN ISO 140-3/4 | + = meilleur |
| Bruit d’impact – plancher | Ln,w | L’nT,w | NF EN ISO 140-7/8 | – = meilleur |
| Amelioration revetement sol | delta-Lw | delta-L’nT,w | NF EN ISO 140-8 | + = meilleur |
| Bruit aerien de facade | Rw + Ctr | D2m,nT,Atr | NF EN ISO 140-5 | + = meilleur |
Protocole de mesure des bruits aeriens in situ (NF EN ISO 140-4)
- Equipement requis : Sonometre de classe 1 (conforme CEI 61672), source sonore omnidirectionnelle (dodecaedre >= 100 dB), microphone sur pied, interface d’acquisition
- Conditions de mesure : Local source : source a >= 0,5 m des parois, >= 2 positions. Local recepteur : >= 5 positions microphone, duree >= 6 s par position
- Calcul DnT,A : DnT,A = Rij + 10 log(T/T0) ou T0 = 0,5 s. L’indice A est calcule par combinaison avec la courbe de reference NF EN ISO 717-1
- Incertitude de mesure : +/- 2 dB in situ pour DnT,A
Protocole de mesure des bruits d’impact in situ (NF EN ISO 140-7)
La machine a choc normalisee comporte 5 marteaux de 500 g chutant de 40 mm a 10 chocs/seconde :
- Positions machine a choc : Minimum 4 positions reparties sur la surface emettrice (excluant les zones a moins de 0,5 m des parois)
- Mesure en reception : Niveau de pression sonore moyen dans le local recepteur (>= 5 positions microphone)
- Correction TR : L’nT,w = Ln + 10 log(T/T0) ou T0 = 0,5 s
- Indice pondere : Utilisation de la courbe de reference NF EN ISO 717-2
Comparatif solutions techniques : aerien vs impact
| Critere | Bruit aerien | Bruit d’impact |
|---|---|---|
| Indicateur principal | DnT,A (in situ) | L’nT,w (in situ) |
| Sens amelioration | Augmenter DnT,A | Diminuer L’nT,w |
| Principe solution paroi | Masse + decouplage | Resilience + desolidarisation |
| Materiaux cles | Placo BA18, verre feuillete, laine minerale | Laine roche Rockwool, elastomere, liege |
| Systeme Saint-Gobain | Duo-Tech 52 dB | Gyproc DeltaC (dalle flottante) |
| Systeme Knauf | Knauf W111 (R’w 53 dB) | Knauf FKD S (delta-Lw 28 dB) |
| Efficacite basses frequences | Limitee (loi masse) | Bonne si s’ < 10 MN/m3 |
| Cout traitement moyen | 25-55 EUR/m2 (cloison HP) | 20-45 EUR/m2 (dalle flottante) |
| Mesure validation | NF EN ISO 140-4 in situ | NF EN ISO 140-7 in situ |
Exigences reglementaires 2026 : logements vs bureaux vs ERP
| Batiment | DnT,A min | L’nT,w max | Referentiel |
|---|---|---|---|
| Logement neuf (RA 1999) | 53 dB inter-logements | 58 dB | Arrete 30/06/1999 |
| Logement neuf (RE2020) | 55 dB | 55 dB | RE2020 art. 17 |
| Bureau standard (NF S 31-080) | 43 dB | 60 dB | NF S 31-080 |
| Salle de reunion (NF S 31-080) | 46 dB | 55 dB | NF S 31-080 |
| Salle de classe (NF S 31-080) | 43 dB | 58 dB | NF S 31-080 |
Cas particulier : vibrations solidennes et bruits de structure
Les bruits de structure (vibrations solidennes basse frequence) sont generes par des machines tournantes ancrées en dalle (PAC, groupes electrogenes, ascenseurs) et se propagent sur de grandes distances. L’INRS les classe dans la categorie vibrations sur l’environnement de travail (directive 2002/44/CE). Leur traitement necessite :
- Anti-vibratoires a ressort (s’ < 2 MN/m3) sous les equipements
- Plots elastomeres a cellules ouvertes pour machines legeres
- Silentblocs industriels pour pompes et compresseurs (> 25 Hz)
- Dalles sur plots pour groupes froids lourds en toiture-terrasse
Sources de reference pour mesures acoustiques batiment
- CSTB – Bases de donnees acoustiques Acobat
- AFNOR – NF EN ISO 717-1/2 et NF EN ISO 140
- INRS – Vibrations et bruits basses frequences
- Rockwool FR – Guide technique isolation acoustique planchers
FAQ – Bruit aerien vs bruit d’impact
Comment distinguer un bruit aerien d’un bruit d’impact lors d’une mesure ?
Le bruit aerien est mesure avec une source sonore (dodecaedre) placee dans le local emetteur. Le bruit d’impact est genere par une machine a choc normalisee sur le plancher emetteur. La meme chaine de mesure (sonometre classe 1) est utilisee, mais les indicateurs diffèrent : DnT,A pour aerien, L’nT,w pour impact.
Un revetement de sol peut-il resoudre un probleme de bruit aerien ?
Non. Un revetement de sol (moquette, parquet flottant, LVT resilient) ameliore uniquement les bruits d’impact (delta-Lw jusqu’a 25 dB). Il n’a pratiquement aucun effet sur l’isolement aux bruits aeriens entre etages (DnT,A), qui depend de la masse et du decouplage du plancher porteur.
Quel indice est prioritaire en immeuble de bureaux : DnT,A ou L’nT,w ?
Les deux sont importants. Le DnT,A (bruits aeriens) entre salles de reunion est souvent prioritaire pour la confidentialite. Le L’nT,w (bruits d’impact) est critique si des espaces de restauration, de circulation active ou sportifs sont situes au-dessus des bureaux.
La machine a choc normalisee reproduit-elle les bruits de pas reels ?
La machine a choc ISO (tapping machine) avec 5 marteaux de 500 g a 10 impacts/seconde reproduit un bruit de pas normalise. Elle permet la comparaison entre systemes de plancher. Cependant, elle ne reproduit pas parfaitement les bruits de pas de talon aiguille (frequences elevees) ni les bruits de sauts (basses frequences). La machine a choc lourd (heavy impact, ISO 10140-5) est plus representative pour les basses frequences.
Un isolant thermique peut-il doubler comme isolant acoustique aux bruits d’impact ?
Uniquement les laines minerales flexibles a faible rigidite dynamique (s’ <= 15 MN/m3) remplissent un double role thermique et acoustique impactant. Les polystyrenes expanses (EPS) standards sont tres rigides (s’ > 100 MN/m3) et inefficaces pour les bruits d’impact malgre leurs performances thermiques. Verifier systematiquement la valeur s’ certifiee du produit.
Peut-on estimer DnT,A sans mesure in situ ?
Oui, via les methodes de calcul previsionnel normalisees (EN 12354, logiciels INSUL ou Bastian). Precision de +/- 3 a 5 dB. Ces estimations ne remplacent pas la mesure in situ pour la reception reglementaire.
Les bruits de VMC sont-ils aeriens ou solidiens ?
Les bruits de VMC combinent les deux : le bruit aerien (souffle dans les gaines, turbulence aux bouches) est traite par silencieux de conduit et doublage acoustique des gaines. La composante solidienne (vibrations du caisson) est traitee par decouplage antivibratoire. Les deux traitements sont complementaires.
Quelles sont les erreurs de mesure courantes pour DnT,A et L’nT,w ?
Pour DnT,A : positions microphone trop proches des parois (champ proche), nombre de positions insuffisant, bruit de fond trop eleve (rapport signal/bruit < 6 dB). Pour L’nT,w : positions machine insuffisantes, mauvais contact machine avec le sol, TR du local recepteur non mesure. Ces erreurs induisent +/- 3 a 5 dB d’ecart.
Conclusion : choisir le bon indicateur et la bonne mesure
La maitrise de la distinction bruit aerien / bruit d’impact et des protocoles de mesure associes (NF EN ISO 140, NF EN ISO 717) est indispensable pour tout ingenieur acousticien, bureau d’etudes BTP ou responsable technique d’immeuble. Le choix du bon indicateur et de la bonne solution technique des la conception evite les non-conformites a la reception et les litiges contractuels.
Methodes de mesure normalisees selon NF EN ISO 140 et NF EN ISO 16283
La mesure de l’isolement aux bruits aeriens (R’w) et aux bruits d’impact (L’nT,w) s’effectue selon deux normes complementaires. La NF EN ISO 140 (serie historique, remplacee progressivement par la NF EN ISO 16283) definit les methodes en laboratoire et in situ. La NF EN ISO 16283 introduit une approche basee sur l’intensimetrie, plus adaptee aux batiments en service. Le choix de la methode impacte la precision des resultats : les mesures in situ presentent un ecart-type de +/- 2 a 3 dB par rapport aux mesures en laboratoire, du fait des conditions reelles (flancs de transmission, geometrie des locaux).
Equipements requis pour une campagne de mesure acoustique
Une campagne de mesure professionnelle necessite : un sonometre de classe 1 certifie COFRAC (ex : Norsonic Nor140, Svantek SV 971A), une source sonore omnidirectionnelle normalisee (machine a bruits roses calibree), un generateur de bruits d’impact (tapping machine ISO 10140-5), un logiciel d’analyse en bandes de tiers d’octave de 100 Hz a 3150 Hz. Le CSTB et les bureaux d’etudes acoustique certifies CIDB disposent de ces equipements. Les mesures sont realisees en 3 positions de source et 9 positions de microphone minimum par local pour garantir une incertitude de mesure acceptable (U95 = +/- 2 dB).
| Indicateur | Definition | Norme de mesure | Seuil reglementaire batiment neuf |
|---|---|---|---|
| Rw (C; Ctr) | Affaiblissement acoustique laboratoire bruits aeriens | NF EN ISO 10140 | — (indicateur laboratoire) |
| R’w | Isolement aux bruits aeriens in situ | NF EN ISO 16283-1 | 53 dB (logements RA 1999) / 55 dB (RE2020) |
| DnT,w | Difference de niveau standardisee bruits aeriens | NF EN ISO 16283-1 | 53 dB (logements RA 1999) |
| L’n,w | Niveau de bruit de choc normalise in situ | NF EN ISO 16283-2 | 58 dB max (logements RA 1999) |
| L’nT,w | Niveau de bruit de choc standardise | NF EN ISO 16283-2 | 58 dB max (logements RA 1999) |
| TR (T20) | Temps de reverberation salle | NF EN ISO 3382-2 | Variable selon usage et volume |
Specificites des bruits de basses frequences
Les bruits aeriens en basses frequences (50-200 Hz) posent un defi particulier : les indicateurs R’w et DnT,w sont calcules sur la plage 100-3150 Hz et ne capturent pas la transmission basse frequence, qui peut depasser de 10 a 15 dB l’isolement mesure aux frequences moyennes. Le terme d’adaptation Ctr (couvrant les graves de 125 Hz) vient corriger partiellement cet ecart pour les facades exposees aux bruits de trafic. Les batiments neufs en zone de bruit (classement II a V de l’arrete du 23 juillet 2013) doivent respecter un DnT,A,tr = R’w + Ctr – 5 >= 28 a 43 dB selon la zone. Les bureaux en open space exposes aux bruits exterieurs (circulation, voie ferree) doivent integrer ce facteur Ctr dans leur etude de facade.
Cas pratiques : diagnostic acoustique pre-travaux
Avant toute renovation acoustique, un diagnostic in situ permet d’identifier les chemins de transmission predominants. Les flancs de transmission (dalles, poteaux, gaines) representent souvent 40 a 60 % de la transmission totale dans les batiments de construction legere. Un ingenieur acousticien certifie CIDB realisera : mesures R’w par couples de locaux, mesures L’nT,w par etage, cartographie des niveaux sonores en exploitation (niveau de bruit de fond, niveau d’emission des equipements). Le rapport de diagnostic constitue le cahier des charges acoustique pour la maitrise d’oeuvre et les entreprises d’isolation. Le CSTB publie regulierement des cahiers du CSTB et des Evaluations Techniques Europeennes (ETE) sur les systemes d’isolation testifies, permettant aux maitres d’ouvrage de selectionner des solutions dont les performances sont verifiees en laboratoire accredite.

Emilien Barbier est ingenieur acousticien certifie CIDB avec 12 ans d experience dans le BTP et l industrie. Diplome de l ENTPE et specialise en acoustique du batiment, il intervient sur des projets de diagnostics acoustiques, d isolation phonique et de conformite aux normes NF S31-080 et NRA 2026. Base a Lyon, il collabore avec des cabinets d architecture, des promoteurs immobiliers et des collectivites. Il contribue regulierement a des publications techniques sur la reglementation acoustique en France.

