Comprendre le temps de réverbération TR60 : définition et enjeux
Le temps de réverbération, exprimé en secondes et noté TR60 (anciennement T60), correspond à la durée nécessaire pour que le niveau sonore d’un local diminue de 60 décibels après l’arrêt de la source sonore. Cet indicateur traduit la capacité d’un local à absorber l’énergie acoustique ou, au contraire, à la réfléchir. Un TR60 trop élevé génère une ambiance sonore confuse, une fatigue auditive pour les occupants et des difficulties de compréhension de la parole. Un TR60 trop faible peut quant à lui créer une sensation d’étouffement peu naturelle.
En France, le TR60 constitue le paramètre de référence pour qualifier la qualité acoustique des bâtiments tertiaires, établissements d’enseignement, salles de spectacle et lieux de travail. La norme NF EN ISO 3382-2 en précise la méthodologie de mesure. Le protocole repose sur la détection du niveau de pression acoustique decays après extinction de la source. L’incertitude de mesure acceptable est calibrée en fonction du seuil de décroissance : le TR60 s’extrapole à partir du déclin mesuré sur une plage de 20 dB minimum à 35 dB maximum, corrigé par un facteur 2 (passage de 20 dB à 60 dB).
Le cadre réglementaire français : ce que la norme impose
Depuis l’arrêté du 30 juin 1999 relatif à l’isolation acoustique des bâtiments d’habitation et le Cahier des Charges PREBAT, les exigences acoustiques se sont considérablement renforcées. Pour les établissements recevant du public (ERP), la réglementation distingue plusieurs catégories :
- Les salles de classe et locaux d’enseignement : TR60 maximal recommandé entre 0,4 et 0,8 seconde selon le volume.
- Les bureaux ouverts : TR60 cible inférieur à 0,6 seconde pour garantir l’intelligibilité de la parole.
- Les salles de spectacle : TR60 variable selon le programme, entre 0,8 et 1,5 seconde.
- Les salles de restauration : TR60 cible entre 0,6 et 1,0 seconde selon le volume et l’occupation.
La NF S31-080 fournit les niveaux de performance acoustique à atteindre en fonction des catégories de bâtiments. Pour les locaux de travail, l’INRS rappelle dans sa documentation technique que le TR60 ne doit pas excéder 1,0 seconde dans les espaces à usage bureautique afin de maintenir un confort acoustic correct. L’ADEME intègre le TR60 dans les critères de qualité environnementale des bâtiments tertiaires.
Protocole de mesure du TR60 : méthodes et équipements
La mesure du TR60 s’effectue selon un protocole normalisé détaillé dans la norme NF EN ISO 3382-2. Trois méthodes principales coexistent :
Méthode par décroissance du bruit interrompu : après extinction brutale d’une source sonore large bande (bruit rosa ou bruit blanc filtré), on enregistre la décroissance du niveau sonore à l’aide d’un microphone. Le TR60 se déduit de la pente de régression linéaire sur 35 dB de décroissance.
Méthode par intégration sonore : on mesure le temps de décroissance sur une plage de 5 à 25 dB en fin de phrase sonore, puis on extrapole. Cette méthode convient particulièrement aux locaux à forte absorption.
Méthode par réponse impulsionnelle : elle utilise une source impulsionnelle (détonation de pistolets, ballons de baudruche, emission de bruit large bande) et la mesure de la réponse impulsionnelle du local. L’analyse de la décroissance énergétique par intégration arrière (Backward Integration Method selon ISO 3382-2) permet d’obtenir le TR60 avec une excellente répétabilité.
Les équipements nécessaires comprennent un sonomètre intégrateur de classe 1 conforme à la NF EN ISO 61672-1, une source sonore omnidirectionnelle de forte puissance (dodecahedre ou source dodécaédrique) et un analyserur en temps réel capable de calculer les décroissances en bande fine (octaves ou tiers d’octave de 125 Hz à 4 kHz).
La position des points de mesure doit respecter une maille représentative : en général, un point par tranche de 50 m² de surface de sol, avec un minimum de trois positions. Les microphones sont positionnés à 1,2 à 1,5 m du sol et à plus de 1,0 m des surfaces réfléchissantes ou absorbantes.
Conditions de mesure et paramètres d’influence
Avant toute campagne de mesure, plusieurs paramètres préparatoires doivent être vérifiés pour garantir la validité des résultats.
Etat d’occupation du local : la mesure doit être effectuée local vide ou dans des conditions de charge représentatives clairement documentées. L’ameublement, les occupants et les équipements mobiles modifient significativement l’absorption acoustique.
Température et hygrométrie : la vitesse du son variant avec la température, les conditions ambiantes doivent être relevées et intégrées à la correction. Une température de 20 °C environ constitue la référence.
Silence de fond : le niveau sonore ambiant doit être inférieur d’au moins 35 dB au signal émis pour éviter le masquage de la décroissance. En milieu urbain ou industriel, cela peut nécessiter des mesures en dehors des heures d’occupation.
Volume du local : plus le volume est important, plus le TR60 est naturellement élevé. La relation classique est TR60 proportionnel au rapport V/A (volume sur absorption surfacique), ce qui permet de dimensionner les solutions correctives.
Selon la NF EN ISO 10140, chaque mesure doit être répétée au minimum trois fois avec des positions de source différentes pour garantir la représentativité. L’incertitude élargie (k=2) sur le TR60 ne doit pas excéder 10 % pour une mesure de classe A.
Seuils et critères d’évaluation : vers un diagnostic fiable
L’évaluation du TR60 ne se limite pas à la comparaison arithmétique avec un seuil. L’intelligibilité de la parole STI (Speech Transmission Index) est un indicateur complémentaire essentiel. Un TR60 de 0,8 seconde peut être satisfaisant dans un grand auditorium mais rédhibitoire dans un open space de 200 m².
Pour les salles de classe, la CIDB (Centre d’Information sur le Bruit) recommande un TR60 compris entre 0,4 et 0,6 seconde dans la bande des 500 Hz à 1 kHz. Le critère de Clarté C50 (rapport entre énergie sonore précoce et tardive) complète l’analyse pour les locaux à usage musical ou de conférence.
La mesure doit être réalisée dans les six bandes d’octave normalisées (125 Hz, 250 Hz, 500 Hz, 1 kHz, 2 kHz, 4 kHz). Un TR60 conforme en haute fréquence mais non conforme en basse fréquence révèle un problème d’isolation des basses ou de traitement des modes propres du local. Cette situation est fréquente dans les constructions légères à ossature bois ou métallique.
Pour les projets de rénovation acoustique, un état des lieux initial selon la méthode de mesure du TR60 doit être compare aux exigences réglementaires avant toute proposition de traitement.
Solutions de correction : abaisser efficacement le TR60
Lorsque le diagnostic révèle un TR60 supérieur aux seuils admissibles, plusieurs leviers d’action existent.
Traitement de plafond : l’installation de dalles acoustiques suspendues ou de baffles absorbants constitue la solution la plus courante. Un plafond absorbant peut réduire le TR60 de 30 à 50 % dans les locaux de hauteur standard (2,5 à 3,0 m).
Revêtements muraux absorbants : les panneaux acoustiques muraux, les rideaux lourds et les parements perforés absorbtent l’énergie sonore dans les médiums et les aigus. La densité et l’épaisseur des matériaux conditionnent leur efficacité en basses fréquences.
Mobilier et ameublement : en contexte de bureau, l’ajout de séparateurs tapissés, de cloisons absorbantes et de mobiliers capitonnés permet d’abaisser significativement le TR60 sans travaux lourds. Cette solution est privilégiée en open spaces.
Traitement de sol : un revêtement de sol textile ou un tapis lourds contribuent à l’absorption et sont particulièrement efficaces sur les réflexions critiques. La norme NF S31-080 précise les coefficients d’absorption à intégrer dans le calcul prévisionnel.
Pour les locaux techniques ou les espaces industriels, le traitement de parois par membranes résonantes ou panneaux microperforés permet de cibler les basses fréquences, là où les solutions standards montrent leurs limites.
Foire Aux Questions
Q : Quelle est la différence entre TR60 et T30 ?
Le TR60 est extrapolé à partir d’une décroissance mesurée sur 35 dB. Le T30 s’appuie sur une décroissance mesurée sur 30 dB (de -5 dB à -35 dB par rapport au niveau initial). Le T30 est plus rapide à mesurer mais moins précis en locaux très absorbants. La NF EN ISO 3382-2 autorise les deux indicateurs avec des incertitudes différentes.
Q : Quelle norme régit la mesure du temps de réverbération ?
La norme de référence est la NF EN ISO 3382-2 « Acoustique — Mesurage des paramètres acoustiques des salles — Partie 2 : Temps de réverbération des salles ordinaires ». Elle complète les parties 1 (grandes salles) et 3 (salles de petit volume).
Q : Le TR60 est-il obligatoire pour les marchés publics ?
Oui, pour les projets de construction ou de rénovation de bâtiments publics, le Cahier des Clauses Techniques Particulières (CCTP) peut exiger un contrôle du TR60 conforme aux normes NF EN ISO 3382 et NF S31-080. L’attestation de conformité est généralement demandée en fin de travaux.
Q : Comment mesurer le TR60 sans matériel professionnel ?
Des applications mobiles existent (Studio Six Digital, SPL Meter, etc.) mais elles ne garantissent ni la précision ni la conformité normative. Pour toute certification ou dossier réglementaire, seul un sonomètre intégrateur de classe 1 utilisé selon le protocole ISO 3382-2 offre les garanties nécessaires. Le recours à un acousticien certifié reste fortement recommandé.
Q : Le TR60 est-il le seul indicateur de confort acoustique ?
Non, le TR60 ne suffit pas. L’intelligibilité STI, le niveau de pression acoustique de fond (Lpa), le temps de clarté C80 et l’indicateur de Strength G complètent l’analyse. Une salle peut afficher un TR60 correct mais présenter des problèmes de écho flottant ou de coloration acoustique.
Conclusion : un diagnostic TR60 structuré pour vos projets
Le temps de réverbération TR60 est un indicateur indispensable pour évaluer et corriger la qualité acoustique des espaces professionnels. Son measurement selon le protocole NF EN ISO 3382-2, avec un matériel certifié et dans des conditions représentatives, offre des résultats fiables et opposables. Le respect des seuils définis par la NF S31-080 garantit la conformité réglementaire de vos projets de construction ou de rénovation. Face aux exigences croissantes en matière de confort acoustic en entreprise, le diagnostic TR60 doit s’intégrer dès la phase conception pour éviter les corrections coûteuses en site occupé.
Consultez notre guide sur l’isolation phonique en milieu professionnel pour approfondir les solutions de traitement acoustique adaptées à votre contexte.

Rédacteur(ice) pour Acoustique BSEC, Camille Fontaine couvre acoustique du bâtiment avec une exigence éditoriale : chaque information est recoupée avec les sources officielles et les retours terrain avant publication. Camille Fontaine rédige guides pratiques, dossiers fond et chroniques hebdomadaires, avec un soin particulier porté à la clarté et à l’utilité concrète pour le lectorat.

