Cloisonnette mobile pour bureau : absorption, Rw apparent et bonne pratique

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La cloisonnette mobile est devenue l’un des achats réflexes des directions des ressources humaines pour traiter la plainte récurrente des salariés en open space sur le bruit ambiant. Le terme regroupe en réalité trois familles très différentes acoustiquement : les paravents de séparation entre postes (hauteur 1,20 à 1,60 m, posés sur pieds ou attelés à la table), les cloisonnettes verticales clipsées en bord de bureau, et les cabines acoustiques fermées dites phone booth. Chaque famille répond à un problème distinct et il est utile de cesser de les comparer sur un seul chiffre marketing. Point capital qui distingue cet article de celui consacré à la cloison de bureau amovible pleine hauteur : une cloisonnette n’enferme rien, elle ne fait pas d’isolation au sens du Rw, elle agit sur l’absorption et sur la rupture de la ligne directe entre voix voisines.

Ce que mesure réellement αw sur une cloisonnette

Pour une cloisonnette absorbante, le critère pertinent reste le coefficient αw mesuré selon la norme NF EN ISO 354 en chambre réverbérante, complété par la classe d’absorption selon NF EN ISO 11654 (de A à E). Une cloisonnette habillée d’un complexe laine minérale haute densité plus tissu acoustiquement transparent atteint typiquement αw 0,80 à 0,90, soit la classe B de 0,80 à 0,85 puis la classe A dès 0,90 selon NF EN ISO 11654. C’est un indice global pondéré, pas une mesure propre à une bande de fréquences, même si la voix conversationnelle occupe surtout la bande 500 à 2 000 Hz. Une cloisonnette habillée d’un simple feutre PET fin ou d’un panneau mousse à cellules ouvertes peut tomber à αw 0,35 à 0,45, classe D, et n’apporter qu’un confort marginal. Le coefficient seul ne suffit pas : la surface développée par poste et la hauteur de la cloisonnette par rapport au plan de l’oreille déterminent le gain réel sur l’intelligibilité de la voix entre postes adjacents.

Concrètement, une face absorbante de classe A ne sert à rien si elle est tournée vers le mur plutôt que vers les voix à atténuer, ni si sa surface est ridicule au regard du volume de la pièce. C’est la même logique de dimensionnement que pour les panneaux acoustiques muraux : on raisonne en aire d’absorption équivalente (αw multiplié par la surface exposée), pas en classe affichée sur une étiquette. Deux cloisonnettes classe A mal placées corrigent moins qu’une grande cloisonnette classe B bien orientée vers la source.

Rw apparent et fausses promesses d’isolation

Certains fabricants annoncent un Rw allant jusqu’à 25 dB pour une cloisonnette mobile, en confondant la mesure normalisée d’affaiblissement entre deux locaux fermés (NF EN ISO 10140) avec une mesure d’atténuation directe en champ libre. Or une cloisonnette de bureau n’enferme rien : le son la contourne par le haut, par les côtés et par réflexion sur le plafond. Annoncer un Rw sur un écran partiel est donc un abus de langage : le Rw n’a de sens qu’entre deux volumes fermés, ce qui n’est jamais le cas d’un paravent posé entre deux postes.

Le gain réel se mesure autrement. En open space, l’acousticien évalue la décroissance spatiale du niveau de parole D2,S (taux d’atténuation par doublement de distance) selon NF EN ISO 3382-3, et en déduit la distance de distraction rD, distance au-delà de laquelle l’intelligibilité de la parole d’un collègue tombe sous le seuil de gêne (STI inférieur à 0,50), ainsi que la distance de confidentialité rP. Une cloisonnette absorbante bien dimensionnée apporte typiquement 4 à 7 dB d’atténuation entre postes voisins et fait reculer rD, sans jamais constituer une isolation au sens d’une cloison maçonnée. C’est utile, c’est mesurable, mais il faut le dire honnêtement au client.

Hauteur, densité de plateau et objectif rD

La hauteur de l’écran est le paramètre le plus sous-estimé. En position assise, l’oreille se situe vers 1,20-1,30 m du sol ; pour casser la ligne de vision directe entre deux voix et agir réellement sur la parole, l’écran doit dépasser cette hauteur d’au moins 20 à 30 cm, soit une hauteur totale de 1,40 à 1,50 m, idéalement proche de 1,60 m si aucune cloison haute ne structure le plateau. Un paravent de 1,20 m offre surtout une séparation visuelle : il rassure, mais son effet acoustique réel reste faible si le reste de la salle est réverbérant.

D’où une règle de conception : la cloisonnette ne se pense jamais seule. Pour faire reculer rD sous 5 mètres dans un plateau dense, il faut d’abord un temps de réverbération court (T60 de l’ordre de 0,5 à 0,6 s) obtenu par un plafond et des murs absorbants, puis des écrans hauts et absorbants entre postes. L’écran amplifie un traitement de fond ; il ne le remplace pas. Les niveaux de performance cibles (espace courant, performant, très performant) et la méthode d’évaluation sont posés par la norme NF S 31-080 pour les espaces de travail et le référentiel NF ISO 22955, à consulter avant tout achat de masse. Pour le contexte plateau ouvert, voir aussi notre guide de l’acoustique de l’open space et du coworking.

Certifications, ergonomie et déploiement

Un déploiement sérieux de cloisonnettes mobiles dans un open space passe par trois vérifications. D’abord les rapports d’essais ISO 354 (pour l’αw) et ISO 3382-3 (pour l’effet en plateau) du fabricant, demandés avant signature. Ensuite le classement feu selon NF EN 13501-1, à exiger en fonction du type de produit, de son implantation dans les locaux et des exigences propres à l’établissement, sans qu’aucun seuil universel ne soit affirmé : les règles applicables en ERP distinguent le gros mobilier et l’agencement principal, soumis à une performance minimale de réaction au feu (classe M3), du mobilier courant, qui n’est pas visé au titre de ces mêmes articles, et d’autres dispositions visent notamment les écrans séparatifs, famille dans laquelle se range une cloisonnette de bureau. Attention, le classement porte sur le produit complet âme plus tissu, pas sur le seul textile. Enfin la stabilité mécanique selon les exigences NF EN 1023-2 et les essais NF EN 1023-3 pour les cloisonnettes posées au sol, qui doivent supporter sans basculement les poussées accidentelles.

Côté ergonomie, on retiendra une hauteur totale de 1,40 à 1,50 m depuis le sol, qui dépasse l’oreille assise d’au moins 20 à 30 cm, pour casser la ligne de vision directe et viser un rD inférieur à 5 mètres dans les open spaces denses. L’investissement par poste, hors pose, varie de 150 à 800 euros selon la classe d’absorption et la finition tissu, écart qui correspond à des performances mesurables et opposables, pas à de la simple esthétique. Un dernier réflexe d’achat : exiger les valeurs d’absorption par bande de fréquences en plus du seul αw global, car deux produits au même αw peuvent absorber très différemment la voix (1 000-2 000 Hz), seule plage qui compte vraiment contre la gêne en bureau.

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