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Les open-spaces concentrent à eux seuls plus de 70 % des plaintes acoustiques remontées par les DRH et les équipes facilities en entreprise. Bruit ambiant permanent, conversations parasites, téléphones en fond, ventilation audible : le bureau paysager souffre d’une acoustique souvent déplorable, faute de référentiel clair pour la concevoir ou la corriger. La norme NF S 31-080, dont la nouvelle édition d’octobre 2025 (26 pages, publiée par AFNOR) remplace le texte de 2006, est aujourd’hui le seul référentiel français structuré qui permette d’évaluer et de corriger le confort acoustique des bureaux de façon objective et reproductible.
Ce guide s’adresse aux DRH, aux responsables facilities, aux architectes d’intérieur et aux maîtres d’oeuvre qui souhaitent comprendre les exigences de la norme, mesurer la situation existante et définir un plan de traitement priorisé. Toutes les valeurs citées proviennent de la NF S 31-080 octobre 2025, complétées par les données de l’INRS sur le confort acoustique des bureaux.
Contrairement à une idée reçue, la norme NF S 31-080 n’impose pas d’obligations légales strictes en dehors de certains établissements recevant du public : elle définit trois niveaux de performance que le maître d’ouvrage ou le locataire peut viser selon ses usages. Comprendre ces niveaux, c’est se donner un langage commun avec l’acousticien et le bureau d’études.
Les 3 niveaux de performance NF S 31-080
La norme définit trois niveaux de qualité acoustique — Courant, Performant et Très performant — caractérisés par plusieurs indicateurs complémentaires. Il ne s’agit pas de classes A/B/C officielles (la norme n’emploie pas cette terminologie), mais bien des désignations littérales que voici :
| Niveau | Désignation | L50 open-space | TR60 cible | Usage typique |
|---|---|---|---|---|
| Très performant | Confidentialité des conversations normales ; équipements inaudibles ; chocs rarement perçus | ≤ 40 dB(A) | 0,3 – 0,4 s | Bureau de direction, salle de concentration, quiet zone |
| Performant | Discrétion des conversations normales vis-à-vis des espaces adjacents | 40 – 45 dB(A) | 0,4 – 0,6 s | Open-space standard, salles de réunion |
| Courant | Gêne intermittente tolérable pour les conversations à voix normale | 45 – 55 dB(A) | 0,6 – 0,8 s | Espaces communs, couloirs, zones de passage |
Note importante : un open-space en activité normale oscille généralement entre 45 et 55 dB(A), contre 35 à 45 dB(A) pour un bureau fermé standard. Atteindre le niveau Performant depuis un plateau bruyant implique donc souvent de gagner 5 à 10 dB(A) sur le L50 — ce qui représente une réduction perçue du bruit de l’ordre de 50 à 75 %. Le critère de décroissance spatiale est également déterminant : pour atteindre le niveau Performant, la norme exige que le niveau sonore décroisse de plus de 3 dB(A) par doublement de distance entre postes de travail (critère DL2). En dessous de ce seuil, le bruit se propage trop uniformément et toute conversation porte trop loin.
Mesurer la conformité NF S 31-080 de votre open-space
L’audit NF S 31-080 mobilise plusieurs indicateurs mesurés en conditions représentatives (plateau en activité normale pour les niveaux, plateau vide pour les mesures de TR60 et DL2). Voici les cinq paramètres clés :
L50 ou LAeq — niveau sonore ambiant global
Le L50 est le niveau sonore dépassé 50 % du temps pendant la période de mesure. C’est l’indicateur le plus utilisé en open-space car il caractérise mieux la gêne chronique que le LAeq (qui peut être biaisé par un pic bref). La mesure se fait avec un sonomètre de classe 1 positionné à hauteur d’oreille (1,20 m) sur plusieurs postes représentatifs, pendant 30 à 60 minutes en activité normale. Pour en savoir plus sur la méthode de relevé, consultez notre guide sur la mesure du niveau sonore dans les pièces.
TR60 — temps de réverbération
Le TR60 (ou T60) mesure le temps en secondes nécessaire à une décroissance du niveau sonore de 60 dB après extinction d’une source. Les études INRS préconisent un TR60 entre 0,3 et 0,8 s pour les bureaux ouverts selon la configuration. Un TR60 supérieur à 0,8 s en open-space génère un effet de réverbération qui amplifie considérablement la fatigue auditive et la distraction. La mesure s’effectue avec une source omnidirectionnelle (pistolet à blanc ou enceinte à ballon) et un sonomètre ou logiciel d’acquisition dédié. Notre protocole détaillé est disponible dans l’article sur la mesure du TR60.
DL2 — décroissance spatiale par doublement de distance
La DL2 (exprimée en dB par doublement de distance) caractérise la rapidité avec laquelle le niveau sonore décroît lorsqu’on s’éloigne d’une source. La norme NF S 31-080 fixe un seuil de DL2 > 3 dB(A) pour le niveau Performant. En pratique, la mesure se fait avec une source calibrée positionnée sur un poste de travail, et on relève le niveau à 2, 4, 8 et 16 mètres. Un plateau avec plafond très réverbérant et sans obstacles peut afficher un DL2 inférieur à 2 dB(A), ce qui signifie qu’une conversation à 8 mètres reste pratiquement aussi audible qu’à 2 mètres.
STI — Speech Transmission Index
L’indice STI quantifie l’intelligibilité vocale à distance sur une échelle de 0 (nulle) à 1 (parfaite). Un STI supérieur à 0,50 à 4 mètres indique que les conversations restent intelligibles à cette distance — signe d’un problème de confidentialité. L’objectif pour un open-space de niveau Performant est d’atteindre STI < 0,45 à 4 mètres, ce qui correspond à un Privacy Index (PI) supérieur à 0,75.
LnAT — bruits d’équipements CVC
Les systèmes de climatisation, ventilation et chauffage peuvent eux-mêmes générer une part significative du niveau ambiant. La norme fixe des valeurs limites de LnAT selon la destination de l’espace. Un système CVC mal dimensionné ou mal entretenu peut à lui seul pousser le niveau ambiant de 3 à 8 dB(A) au-dessus des valeurs cibles, rendant tout traitement acoustique des surfaces insuffisant.
Solutions acoustiques pour atteindre le niveau Performant
Atteindre le niveau Performant NF S 31-080 dans un open-space existant repose sur une combinaison de traitements portant sur le plafond, les cloisons, le sol et les parois. Chaque élément contribue différemment à la réduction du TR60 et à l’augmentation de la DL2.
Plafond : le levier le plus efficace
Le plafond représente la plus grande surface continue d’un plateau et constitue le premier levier acoustique. Des baffles suspendus en laine minérale ou en mousse mélamine, présentant un coefficient d’absorption pondéré αw de 0,90 à 0,95, permettent de réduire le TR60 de 0,3 à 0,5 s selon la densité de pose. On distingue deux approches : le plafond tendu acoustique (αw moyen 0,70-0,80 selon perforation) ou les baffles verticaux suspendus en quinconce (αw unitaire 0,90-0,95, plus efficaces en basses fréquences car exposés sur deux faces). Pour un plateau de 500 m², une pose de baffles couvrant 40 % de la surface de plafond suffit généralement à passer d’un TR60 de 0,9 s à 0,5 s. Notre guide technique sur le faux plafond acoustique BA13 et dalle minérale détaille les performances comparées des solutions courantes.
Cloisons semi-hauteur acoustiques
Les écrans de bureau ou cloisons semi-hauteur (H 1,60 à 2,00 m) dotés d’un indice d’affaiblissement Rw de 25 à 35 dB constituent un deuxième levier, notamment pour la DL2 et le Privacy Index. Ils créent des obstacles à la propagation directe des sons entre postes et augmentent la décroissance spatiale. Attention : une cloison trop légère (Rw < 20 dB) ou présentant des vides en haut permettra aux sons de se diffracter et ne produira pas l’effet escompté. Les cloisons amovibles performantes intègrent une couche d’absorbant en laine minérale entre deux parements rigides perforés.
Sol : moquette contre carrelage
Le revêtement de sol contribue peu à l’absorption dans les fréquences de voix (500 Hz – 2 kHz), mais son impact sur les bruits de pas et d’impacts est majeur. La moquette présente un αw de 0,25 contre 0,02 pour le carrelage, et réduit significativement le niveau de bruit d’impact. Dans un open-space, le passage du carrelage à la moquette peut gagner 2 à 4 dB(A) sur le niveau ambiant, ce qui n’est pas négligeable en contexte de traitement global.
Panneaux muraux absorbants
Les panneaux muraux en tissu tendu sur ossature, présentant un αw de 0,70 à 0,90, complètent efficacement le traitement du plafond sur les fréquences moyennes. Ils sont particulièrement utiles dans les zones de coin où les premières réflexions s’accumulent. Pour les open-spaces de grande surface, les panneaux muraux interviennent en appoint : seuls, ils ne suffisent pas à corriger un TR60 excessif, mais combinés au traitement de plafond, ils permettent d’affiner les performances hautes fréquences et d’améliorer le confort auditif perçu.
Pour une vue d’ensemble des solutions spécifiques aux plateaux ouverts et espaces de coworking, notre guide acoustique open-space et coworking présente des études de cas concrets avec mesures avant/après.
Réduire la distraction vocale : Privacy Index et sound masking
La distraction vocale est la principale source de baisse de productivité en open-space. Des études en sciences cognitives montrent qu’une conversation intelligible à 4 mètres réduit les performances sur tâches cognitives complexes de 15 à 30 %. La norme NF S 31-080 aborde cette dimension via le concept de confidentialité, mesuré par le STI et le Privacy Index (PI).
Privacy Index supérieur à 0,75 : l’objectif à viser
Un Privacy Index supérieur à 0,75 garantit que les conversations normales ne sont pas intelligibles au-delà de 4 mètres. Concrètement, un STI mesuré inférieur à 0,45 à 4 mètres correspond à un PI de 0,75. Ce seuil est cohérent avec le niveau Performant NF S 31-080 et représente un objectif réaliste pour la majorité des open-spaces traités acoustiquement.
Sound masking : diffuser du bruit de fond rose
Le sound masking consiste à diffuser un bruit de fond contrôlé (généralement du bruit rose ou du bruit configuré pour correspondre au spectre vocal) à un niveau compris entre 42 et 48 dB(A). Ce bruit de masquage réduit le rapport signal/bruit des conversations parasites et diminue leur intelligibilité sans pour autant augmenter la fatigue auditive de façon perceptible — à condition que le niveau reste sous 48 dB(A). Les systèmes modernes permettent un réglage fin par zone. Attention : le sound masking est un complément au traitement acoustique, pas un substitut. Un plateau très réverbérant avec TR60 supérieur à 0,8 s verra son confort dégradé par le masquage, car le bruit rose lui-même réverbère.
Disposition des postes et zoning acoustique
La disposition dos-à-dos des postes de travail (au lieu de face-à-face) réduit la proximité des zones de parole et améliore le Privacy Index de 0,05 à 0,10 sans aucun traitement matériel. La création de zones de concentration délimitées (phone booths insonorisés, quiet zones avec signalétique et règles d’usage) complète efficacement le dispositif. Ces mesures organisationnelles restent indispensables même dans un plateau traité acoustiquement : la norme NF S 31-080 elle-même souligne que l’acoustique architecturale ne se substitue pas aux règles de comportement.
Budget aménagement acoustique open-space
L’estimation budgétaire d’un projet de traitement acoustique dépend de l’état initial du plateau (TR60 de départ, hauteur de plafond, présence ou non d’un faux plafond existant) et du niveau cible. Les fourchettes ci-dessous incluent la fourniture et la pose des matériaux, mais excluent les études acoustiques préalables et l’audit de réception.
| Surface du plateau | Budget estimé (HT) | Niveau atteint |
|---|---|---|
| 200 m² | 8 000 – 15 000 € | Courant vers Performant |
| 500 m² | 20 000 – 40 000 € | Courant vers Performant |
| 1 000 m² | 40 000 – 80 000 € | Courant vers Très performant |
Pour donner des ordres de grandeur par poste :
- Traitement de plafond seul (baffles suspendus αw 0,90) : 15 à 30 € HT/m² de plateau, selon la densité de pose et la finition souhaitée.
- Panneaux muraux absorbants (αw 0,70-0,90, format 60×120 cm) : 80 à 200 € HT par panneau posé, selon le tissu de parement et la structure support.
- Cloisons semi-hauteur acoustiques Rw 25-35 dB : 350 à 800 € HT par mètre linéaire selon la hauteur et la finition.
- Système de sound masking (amplificateurs + haut-parleurs encastrés) : 15 à 35 € HT/m² selon la densité de diffuseurs.
Ces fourchettes supposent un plateau standard avec hauteur sous plafond de 2,60 à 3,20 m. Les espaces avec hauteur libre supérieure à 4 m (lofts, entrepôts reconvertis) requièrent une densité de traitement plus élevée et des budgets correspondants supérieurs de 30 à 50 %.
Faire réaliser un audit NF S 31-080
L’audit acoustique NF S 31-080 est la première étape indispensable avant tout projet de traitement. Il permet de quantifier l’écart entre l’existant et le niveau cible, d’identifier les fréquences et les sources problématiques, et de dimensionner les solutions de façon précise — évitant ainsi le sur-traitement ou le sous-traitement.
Déroulement type d’un audit
Pour un plateau de 200 à 500 m², la campagne de mesures dure généralement une demi-journée (4 à 5 heures). Elle comprend :
- Mesures de TR60 en bande d’octave (125 Hz à 4 kHz) sur 6 à 12 points de mesure selon la surface.
- Mesures de L50/LAeq en conditions d’activité normale sur 4 à 8 postes représentatifs.
- Mesure de la décroissance spatiale DL2 avec source calibrée.
- Mesures STI optionnelles si la confidentialité est un enjeu prioritaire.
- Relevé des niveaux CVC (LnAT) avec système de climatisation en fonctionnement.
Le rapport d’audit restitue l’ensemble des mesures, les compare aux seuils NF S 31-080, et formule des recommandations hiérarchisées avec estimations budgétaires. Pour connaître les tarifs pratiqués, consultez notre page sur les tarifs de l’étude acoustique bâtiment.
Choisir son acousticien
Pour un audit NF S 31-080 opposable, il est recommandé de faire appel à un acousticien disposant d’une qualification reconnue (CIDB, QEB, ou équivalent) et utilisant un matériel de mesure certifié classe 1. Notre annuaire vous permet de trouver un acousticien certifié indépendant selon votre localisation et la nature de votre projet.
FAQ NF S 31-080
La NF S 31-080 est-elle obligatoire en France ?
Non, la norme NF S 31-080 n’est pas une réglementation obligatoire au sens du Code du travail ou du Code de la construction. Elle constitue un référentiel de bonne pratique volontaire. Certains établissements recevant du public (ERP) ou certains marchés publics peuvent y faire référence dans leurs cahiers des charges, la rendant contractuellement opposable. Dans le secteur privé, elle sert principalement de cadre objectif pour évaluer et améliorer le confort acoustique des espaces de travail.
Quelle différence entre open-space Performant et Très performant ?
Le niveau Performant garantit la discrétion des conversations normales vis-à-vis des espaces adjacents (STI inférieur à 0,50 à 4 mètres, L50 entre 40 et 45 dB(A), TR60 entre 0,4 et 0,6 s). Le niveau Très performant va plus loin : confidentialité des conversations normales même entre postes voisins, équipements CVC totalement inaudibles, bruits de chocs (téléphone posé, clavier) rarement perçus au-delà de 2 mètres. Atteindre le Très performant nécessite généralement un traitement de plafond plus dense, des cloisons hautes, un zoning strict et un système de sound masking calibré.
Combien de temps prend un audit NF S 31-080 ?
Pour un plateau de 200 à 500 m², la campagne de mesures dure une demi-journée (4 à 5 heures). Pour des surfaces supérieures à 1 000 m² ou des configurations complexes (plusieurs niveaux, atrium), il faut compter une journée complète. Le rapport d’audit, comprenant les mesures, l’interprétation et les recommandations, est généralement remis sous 5 à 10 jours ouvrés après la campagne. Un audit de réception (après travaux) est recommandé pour vérifier l’atteinte du niveau cible.
Peut-on améliorer l’acoustique d’un open-space sans gros travaux ?
Oui, des améliorations significatives sont possibles sans travaux structurels. Les baffles suspendus s’accrochent aux dalles brutes sans percer et peuvent être posés en une journée. Des panneaux muraux absorbants s’installent sans travaux lourds. Le sound masking ne nécessite aucun percement de dalle. Ces solutions permettent généralement de passer du niveau Courant au niveau Performant (gain de 5 à 8 dB(A) sur le L50, TR60 réduit de 0,3 à 0,5 s) dans un plateau standard. En revanche, atteindre le niveau Très performant nécessite souvent une intervention plus complète incluant des cloisons à pleine hauteur et des zones de silence dédiées.
Le sound masking remplace-t-il le traitement acoustique ?
Non. Le sound masking et le traitement acoustique sont complémentaires et non substituables. Le traitement acoustique (absorption, diffusion) réduit le TR60 et améliore la DL2 — il diminue l’énergie sonore dans le plateau. Le sound masking augmente le niveau de fond pour noyer les conversations parasites dans un bruit de masquage. Sur un plateau sans traitement acoustique (TR60 supérieur à 0,8 s), le sound masking aggrave la situation : le bruit rose réverbère lui-même et augmente la fatigue auditive. L’ordre correct est toujours : traitement acoustique en premier (TR60 inférieur ou égal à 0,6 s), puis sound masking en complément si nécessaire.

