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Les aboiements répétitifs constituent l’une des premières causes de réclamation en matière de nuisances sonores résidentielles. Un chien qui aboie produit un niveau sonore compris entre 60 et 90 dB(A) à un mètre de distance, selon la race et la morphologie. La NF S31-080 impose des seuils d’émission lumineuse et sonore pour les quartiers résidentiels, mais les aboiements relèvent davantage du domaine civil que de la réglementation technique. Les consultants acoustiques et les architectes amenés à diagnostiquer ce type de situation doivent donc maîtriser aussi bien les protocoles de mesure que les procédures de recours ouvertes aux victimes. Ce phénomène touche les copropriétés, les lotissements et les habitats mitoyens avec une intensité croissante, liée à la popularité des races de chiens de petite taille, souvent plus vocifères que leurs homologues de grande taille.
Identifier les paramètres acoustiques d’un aboiement
Un aboiement se caractérise par un spectre fréquentiel accidenté, concentré entre 300 Hz et 3000 Hz, avec des transitoires très brefs. La norme NF EN ISO 3382 définit les protocoles de mesure pour l’acoustique des salles, mais les mesures de bruit de voisinage s’effectuent selon des protocoles spécifiques guidés par la circulaire du 27 décembre 1979 et la jurisprudence des tribunaux judiciaires. Un sonomètre intégrateur placé à 1,50 mètre du sol, en champ libre ou en façade, permet de relever des niveaux équivalents LAeq sur des périodes de référence. Les aboiements ponctuels peuvent dépasser le seuil de 35 dB(A) en période nocturne et 45 dB(A) en période diurne, valeurs couramment retenues par les jugements des tribunaux d’instance. Le temps de réverbération Tr60, bien qu’essentiel pour évaluer l’acoustique d’une salle, intervient peu sauf si le local émetteur présente une géométrie particulière amplifiant les émissions.
Le cadre réglementaire applicable aux nuisances canines
En droit français, la responsabilité du propriétaire d’un animal est prévue par l’article 1243 du Code civil. Si le chien cause un trouble anormal de voisinage, le propriétaire engage sa responsabilité sur le fondement du trouble anormal. La NF S31-080 fournit un cadre destiné aux bruits de comportement, défini comme les bruits émis par les personnes ou les activités dont elles ont la charge. Un chien n’est pas une personne, mais la jurisprudence a établi que le propriétaire assume la responsabilité des bruits émis par son animal. Les collectivités locales peuvent aussi intervenir via un arrêté municipal. La loi du 27 février 2002 relative à la protection des animaux et le Code rural imposent au détenteur de prévenir les nuisances excédant la normale jouissance du voisinage. L’ADEME fournit des guides pratiques sur la prévention des nuisances sonores en habitat, y compris celles d’origine animale.
Les voies de recours pour les victimes
Plusieurs niveaux de recours existent. La première étape consiste à dresser un constat par huissier de justice, afin de conserver une preuve matérialisée du trouble. L’huissier mesure les niveaux sonores, identifie la source et date l’intervention. Cette étape est indispensable pour édifier un dossier solide devant le tribunal judiciaire. La deuxième étape est la tentative de médiation, encouragée par la loi Macron de 2015 et ses décrets d’application. Le maire peut aussi émettre un arrêté de police administrative exigeant la cessation du trouble. La troisième étape est le recours judiciaire devant le tribunal judiciaire, avec demande de dommages et intérêts et de cessation du trouble. Les articles R1336-5 à R1336-9 du Code de la santé publique définissent les seuils applicables aux bruits de voisinage, mais leur application aux aboiements dépend de l’appréciation souveraine des juges. L’INRS rappelle que les risques psychosociaux liés aux nuisances sonores chroniques ne doivent pas être sous-estimés, y compris en contexte résidentiel.
Solutions techniques d’isolation pour limiter la transmission
Côté victime, plusieurs solutions techniques permettent de réduire l’impact des aboiements sur le confort intérieur. L’isolation phonique des murs mitoyens avec ajout de complexe isolant (laine de roche, plaque de plâtre phonique) améliore l’indice Rw du mur existant. La réglementation thermique 2020 et ses exigences en matière d’isolation contribuent à cet objectif. Le remplacement des fenêtres simple vitrage par du double vitrage asymétrique offre un gain de 30 à 35 dB en atténuation. Les portes d’entrée blindées avec joint d’étanchéité à l’air réduisent la transmission latérale du bruit. Le coefficient alpha-w des matériaux de cloisonnement figure parmi les critères évalués dans les diagnostics acoustiques, conformément aux essais de la NF EN ISO 10140. Un consultant acousticien peut réaliser un état des lieux complet et proposer un plan de traitement adapté au budget du client.
Responsabilité des syndics et des gestionnaires de biens
Les syndics de copropriété ont une obligation de sauvegarde du calme au sein de l’immeuble, prévue par le règlement intérieur de la copropriété. L’article 9 de la loi du 10 juillet 1965 leur impose de faire respecter le règlement. En cas de trouble chronique, le syndic peut mettre en demeure le propriétaire du chien par lettre recommandée avec accusé de réception. Si le trouble persiste, une assemblée générale peut voter des travaux d’isolation à charge du copropriétaire générateur du bruit. Le règlement peut aussi prévoir des clauses particulières relatives aux animaux domestiques. Le CIDB souligne l’importance de documenter les faits troubles de manière chronologique, avec horodatage et mesure, pour faciliter l’instruction des dossiers ultérieurs. Les CSE d’entreprise peuvent aussi s’emparer du sujet lorsqu’un salarié réside dans un logement touché par ce type de nuisance, dans le cadre de leur mission de prévention des risques professionnels.
Prévention et accompagnement des propriétaires de chiens
La prévention est un levier souvent sous-estimé. Des solutions comportementales, comme le dressage positif ou la mise en place d’un environnement adapté au chien, réduisent significativement la fréquence des aboiements. Des dispositifs électroniques (collier anti-aboiement ultrason ou à vibration) existent, mais leur efficacité varie selon les races. La création d’un espace extérieur isolé et insonorisé pour le chien peut faire l’objet de travaux déduits fiscalement sous certaines conditions (crédit d’impôt transition énergétique). Les Vétérinaires conseil national et les comportementalistes canins constituent des partenaires pertinents pour orienter les propriétaires. L’objectif est d’éviter la confrontation judiciaire en résolvant le problème à la source, ce qui bénéficie à toutes les parties impliquées.
FAQ : questions fréquentes sur les aboiements et le bruit de voisinage
Quel est le niveau sonore moyen d’un aboiement ?
Un aboiement moyen produit entre 60 et 75 dB(A) à un mètre, avec des pics pouvant atteindre 90 dB(A) pour les races de grande taille. À 10 mètres, le niveau décroît à environ 45 à 55 dB(A) selon les conditions atmosphériques et la présence d’obstacles.
Quelle norme appliquer pour démontrer un trouble anormal de voisinage ?
Il n’existe pas de norme spécifique aux aboiements. Les mesures s’effectuent selon les protocoles de la circulaire du 27 décembre 1979, avec un sonomètre daté. La NF S31-080 fournit un cadre général pour l’aménagement des zones résidentielles, mais le juge tranche au cas par cas.
Combien de temps faut-il pour réaliser un diagnostic acoustique de voisinage ?
Un diagnostic complet dure entre une et deux journées de mesure, selon la complexité du site. Il inclut des mesures diurnes et nocturnes, l’analyse du spectre fréquentiel, l’identification des chemins de transmission et la rédaction d’un rapport technique exploitable en justice. Le rapport doit mentionner le matériel utilisé, sa date de calibration et les conditions météorologiques.
Le syndic peut-il interdire la possession d’un chien dans une copropriété ?
Non, sauf clause expresse dans le règlement de copropriété. En revanche, le propriétaire du chien doit garantir que son animal ne trouble pas la jouissance des parties communes et privées. Le règlement peut prévoir des sanctions financières en cas de manquement répété.
Existe-t-il un crédit d’impôt pour les travaux d’isolation phonique ?
Les travaux d’isolation phonique ne bénéficient pas d’un crédit d’impôt spécifique, sauf s’ils sont associés à des travaux de rénovation énergétique éligible au CITE ou à MaPrimeRénov. Un audit énergétique peut inclure l’étude acoustique du logement et proposer un plan de travaux global. Pour en savoir plus sur les solutions d’isolation, vous pouvez consulter notre page dédiée à l’isolation phonique en habitat résidentiel.
Les nuisances sonores liées aux aboiements relèvent d’un phénomène complexe, à la croisée du droit, de l’acoustique technique et du comportement animal. Un consultant acousticien peut jouer un rôle de médiateur technique en fournissant des mesures objectives et des recommandations ciblées. Les gestionnaires de patrimoine et les syndics doivent intégrer cette compétence dans leur offre de gestion, afin de résoudre les conflits avant qu’ils n’atteignent le stade judiciaire. L’enjeu est triple : sécuriser les résidents affectés, préserver les droits des propriétaires de chiens, et maintenir la cohabitation au sein des immeubles résidentiels.
La prévention passe par l’information des nouveaux résidents concernant le règlement intérieur et les seuils de tolérance acceptables. Un guide pratique annexé au règlement de copropriété, rédigé avec l’appui d’un acousticien, peut clarifier les attentes et éviter les dérives. Les collectivités locales disposent aussi d’un levier réglementaire via les arrêtés municipaux, qui permettent d’agir sans passer par le tribunal. L’objectif final est de garantir un cadre de vie calme pour tous les résidents, en respectant l’équilibre entre le droit à la propriété animale et le droit au calme des voisins.

Marc Delacourt est ingénieur acousticien certifié, titulaire d’un Master Acoustique & Vibrations de l’INSA Lyon (promotion 2012). Avec 12 ans d’expérience terrain dans le secteur BTP, il intervient principalement auprès des maîtres d’ouvrage tertiaires et des entreprises industrielles soumises aux réglementations RT2020 et décret bruit du 5 mai 1995. Membre affilié de la Société Française d’Acoustique (SFA), Marc a conduit plus de 200 diagnostics acoustiques sur des chantiers de rénovation et de construction neuve. Il contribue régulièrement à acoustique-bsec.fr sur les thématiques isolation des planchers, traitement des ponts phoniques et conformité ERP.

